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On nous demande notre avis sur l'environnement à Bourges ?

Eh bien, on va le donner !

 

Esbroufe !

 

La Municipalité de Bourges vient de faire distribuer dans les boîtes aux lettres des berruyers des formulaires. Il s'agit d'une consultation sur l'environnement, 50 questions divisées en 8 thèmes (la qualité de l'air, de l'eau, les déchets, etc.). La plupart des questions sont fermées (cases à cocher) et suscitent un océan de perplexité quand on tente d'y répondre en son " âme et conscience ".

On savait depuis longtemps, on le sait mieux depuis Bourdieu (mais aussi depuis les dernières élections présidentielles ! ), à quel point les sondages peuvent ne pas refléter la réalité. Mais aussi à quel point il est facile de faire dire aux sondés ce qu'ils n'auraient jamais spontanément énoncé ou envisagé, simplement grâce à une formulation, une tournure de phrase... C'est dans ce sens qu'on peut affirmer que les sondages fabriquent des opinions, et qu'avec un peu d'habileté on obtient les résultats qu'on a envie d'obtenir.

C'est déjà vrai pour des sondages réalisés avec un minimum de sérieux, avec un système de panels représentatifs, etc., qui permettent de dire si on peut extrapoler à l'ensemble d'une population les opinions qu'ont exprimées les gens interrogés. Que dire alors d'une consultation qui ne se donne pas les moyens de vérifier qui sont les gens qui ont répondu, à quelle classe sociale ils appartiennent. Si 80% des gros porcs friqués de Bourges répondent au questionnaire et seulement 20% des jeunes de banlieue - une proportion probable ? - la Municipalité ne sera pas en mesure de le prendre en compte parce que c'est un facteur qu'elle néglige. Elle préfère de toute façon avoir l'avis des gros porcs friqués, ça tombe plutôt bien. On nous dira que dans toute consultation " populaire ", l'abstentionniste a tort. Sauf que devant un formulaire de 50 questions plus ou moins vicelardes, nous ne sommes pas tous égaux.

Des résultats valides ? Certainement pas !

Une parodie de démocratie ? De la démagogie à cent balles ? Oui !

La Municipalité se donne à bon compte un alibi démocratique pour appliquer des politiques qui étaient de toutes manières déjà décidées. Il n'est pas bien difficile de voir quels sont les axes de travail de la Ville en matière d'environnement.

Des rues " propres " : pas de tags, pas d'affiches sauvages, pas de jeunes en scooter, pas de sorties de bars tardives. Dormez en paix ! Le calme règne. " La propreté règne ! " faudrait-il dire : " la saleté, la racaille, loin de nos yeux ! " Jusqu'où ira se nicher le sécuritaire ? Le voilà déjà dans la défense de l'environnement…

Consommateur payeur, industriel exempté. Pas un mot, dans le questionnaire, sur les industries polluantes, bruyantes et/ou dangereuses. AZF n'a jamais existé. C'est sans doute au titre de la défense de l'emploi, de la libre entreprise ou du profit sans limite (selon celui à qui on s'adresse) qu'il n'est pas de bon ton de dénoncer les patrons négligents quand ils mettent en danger l'environnement. Quant à parler de la santé ou de la vie d'autrui, à commencer par celles de leurs travailleurs, il faudrait être un dangereux gauchiste pour ne serait-ce qu'envisager la question. Loin de nous la rengaine poujadiste sur " le contribuable vache à lait " : il est somme toute logique que le citadin participe par le biais de ses impôts (en attendant un système plus juste !) au maintien d'une bonne qualité de vie au sein de la communauté. Mais il serait bien temps que ce ne soit pas toujours les mêmes ! Un exemple parmi d'autres ? Le vol manifeste que constitue le tri sélectif (vous savez, le système de poubelles de toutes les couleurs). L'industriel a fabriqué un beau paquet alléchant (mais inutile) autour du produit dont vous avez besoin : vous le payez, cet emballage. Mais il pollue. On vous demande donc de faire du tri sélectif, c'est-à-dire de faire un travail bénévole, et de mettre les emballages dans des poubelles différentes. Vous avez payé aussi les poubelles avec vos impôts locaux. L'industriel (le même que ci-dessus - ou son frère) recycle l'emballage et vous le revend une nouvelle fois (avec un bénéfice) dès que vous remettez les pieds à Carrouf. Vous vous faîtes entuber, mais pour vous convaincre de tremper dans la combine, on vous culpabilise. Demain, si vous n'êtes toujours pas convaincu, on vous fera payer une fois de plus : en vous collant une amende si vous ne suivez pas les consignes. Ce système très injuste, très inégalitaire (le consommateur paie, la chaîne des recycleurs fait du profit) a paraît-il les faveurs du bobo, surtout du bobo écologiste. Mais le bobo n'a pas de problème de fins de mois, lui : il a les moyens de s'acheter une bonne conscience.

Navette pipeau ! Décidément, en politique, il faut faire gadget pour faire parler de soi. Après la mascarade de la " journée sans voiture " - dont le seul intérêt est de diffuser une bonne odeur de terrain de rugby dans le bas de la rue Moyenne - voilà-t-y pas que la propagande-communication du Maire met en avant la navette gratuite comme un parangon de mesure écologistement correcte. Le raisonnement voudrait que, puisque c'est gratuit, les gens la prennent plus volontiers que leur bagnole. Oui, si vous faites partie du public visé (vous savez bien : les gros porcs friqués) et que vous habitez dans le centre-ville… Si vous vivez en banlieue et que vous voulez prendre la navette, il faudra de toute façon que vous payiez le bus ou que vous preniez votre voiture avant de pouvoir emprunter la navette gratuite ! Pour notre part, nous sommes pour les transports publics gratuits, mais tous les transports publics : un peu pour des raisons écologiques, surtout pour des raisons de justice sociale. C'est la seule manière de combler le fossé géographique entre centre-ville et quartiers périphériques. Et tous les calculs démontrent que cela ne coûte pas plus cher à la communauté, en raison des économies qui sont réalisées sur la billetterie et le flicage. Nous sommes aussi pour une extension des horaires de circulation des bus : leur arrêt à 20 heures, cela signifie le couvre-feu pour les plus démunis. Qu'ils restent dans leur cité-dortoir ! Les autres prennent leur voiture. CQFD. Bref, sans transports gratuits, sans bus de nuit, la navette n'est qu'une sinistre farce qui n'impressionne personne.

Bref, quand la municipalité de Bourges dit " environnement " il faut entendre " confort ". Et encore ! Pas le confort de n'importe qui, on l'aura bien compris. Celui des gros porcs friqués.