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Pour quoi nous prennent les experts en communication quand ils prétendent que l’agression de l’Afghanistan a pour motif l’arrestation de Ben Laden ? Pour des imbéciles. Car seuls des imbéciles peuvent croire que Ben Laden et ses réseaux seront démantelés avec l’effondrement du régime Taliban, ou espérer que le démantèlement des réseaux de Ben Laden mettra un terme à toute menace terroriste.

Pipeau et pipelines.

Mais l’administration américaine n’est pas si naïve. Aujourd’hui, elle assassine un peuple pour flatter son opinion publique abreuvée de bigoterie et de patriotisme. Une propagande bien orchestrée destinée à empêcher toute opposition à une opération militaire envisagée bien avant la tragédie new-yorkaise ? C’est ce qu’a confirmé l’ancien ministre des affaires étrangères pakistanais sur France 3, lors de l’émission Pièces à convictions. Car depuis des années, les lobbies pétroliers, qui ont fait l’élection de Bush Jr., se heurtent à l’intransigeance des Talibans. Mais Unico veut son oléoduc en Afghanistan. Il y passera donc, même si c’est sur le corps de milliers de femmes et d’enfants.

Le droit international… quand je veux, si je veux.

La population afghane est doublement victime. Opprimée par les Talibans, elle subit désormais le feu des Etats-Unis et des Britanniques. C’est ainsi que nos défenseurs de la « civilisation » n’hésitent pas à employer massivement des bombes à fragmentation, pourtant interdites par le traité d’Ottawa. Traité, cosigné par la France, qui interdit tout aussi expressément de collaborer militairement avec un Etat contrevenant. Mais quel tribunal international jugera les criminels de guerre qui gouvernent en notre nom ? Evidemment aucun.

Le grand déstockage.

Tous les « experts » assuraient, il y a encore peu, qu’il était inutilement coûteux de bombarder l’Afghanistan. En effet, comment « réduire à l’âge de pierre » un pays détruit par plus de vingt ans de guerre ? Mais la logique capitaliste est implacable : la destruction est créatrice de « richesses », et la consommation intensive de missiles hors de prix fera le beurre du complexe militaroindustriel. Voilà comment l’Etat américain assiste sa relance économique… en toute rigueur libérale.

Tyrannie immuable.

Toute aussi libérale promet d’être la monarchie qu’on s’efforce, non sans mal, de remettre sur pied… sans oublier les talibans « modérés » que notre nouvel allié pakistanais cherche à imposer dans le futur gouvernement. Les afghan(e)s sauront apprécier la libération qu’on prépare à leur place.

Nous n’irons pas au paradis.

Mais ce sont aussi les populations occidentales qui sont mises en danger par les politiques de leurs Etats. Ben Laden se serait-il retourné contre son pygmalion américain si ce dernier n’occupait pas l’Arabie Saoudite depuis dix ans, en contradiction avec tous ses engagements ? Ben Laden jouirait-il d’une telle popularité si les forces de progrès dans le tiers-monde n’avaient pas été systématiquement exterminées durant la guerre froide ? L’Afghanistan serait-elle ce qu’elle est devenue si ce pays n’avait été jeté en pâture aux Talibans après avoir servi loyalement les américains dans la lutte antisoviétique ?

La liberté guide nos pas.

Au quotidien, nous allons payer le prix de cette guerre du pétrole qui ne dit pas son nom. Nos Etats doivent à tout prix faire la preuve que le capitalisme est compatible avec notre sécurité. Politique sécuritaire qui, au passage, permettra de réduire nos libertés publiques et individuelles. Fouille au corps par des milices privées, inspection des véhicules, délation, extension de la notion de terrorisme à l’action syndicale et sociale… ce sont les jeunes, les étrangers, les habitants des banlieues et les militants du mouvement social qui sont les premiers visés. Mais personne n’échappera aux contraintes de la surveillance généralisée. Déjà, des sorties scolaires sont annulées, les clients des grandes surfaces doivent passer de véritables check-points, les journalistes sont tenus en laisse, les communications personnelles espionnées… Les capitalistes nous avaient promis l’avènement du village planétaire. Nous voilà dans un bunker où il fait aussi bon vivre que dans le Loft.

Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes !

Les rivalités internationales pour la main-mise sur les ressources pétrolières génèrent une instabilité planétaire aux conséquences incalculables. Que le terrorisme soit le fait d’Etats impérialistes ou d’acteurs privés manipulant les ressources idéologiques de l’Islam, c’est toujours le capitalisme qui tue. Ce sont toujours les femmes et les hommes, d’ici et d’ailleurs, qui en font les frais. Seule la solidarité internationale de toutes les populations contre toutes les oppressions peut nous sortir de cet engrenage infernal. Ici, avec les sans-papiers, les sans-travail, les sans-logis… Là-bas, au moyen de campagnes d’entraide pour l’éducation, la santé, le désendettement… Et partout, une action politique pour le contrôle international de la production et de la consommation énergétique. La terre doit appartenir à tous, son sous-sol aussi.