Le texte ci-dessous est un large extrait des passages que Howard Zinn consacre aux IWW dans "Une histoire populaire des Etats-Unis", publié aux Editions Agone. Un livre à lire absolument !


Face à cette situation - terribles conditions de travail et caractère exclusif des organisations syndicales -, les travailleurs qui, jugeant que le système capitaliste était à l'origine même de la misère, souhaitaient un changement radical se tournèrent vers un type nouveau de syndicalisme. Un matin du mois de juin 1905 se tint, dans un local de Chicago, une convention réunissant deux cents socialistes, anarchistes et syndicalistes radicaux venus de tout le pays. Ils fondèrent l'Industrial Workers of the World (IWW). Dans son autobiographie, Big Bill Haywood, l'un des responsables de la Western Federation of Miners, se souvient qu'il ramassa un morceau de bois qui traînait sur l'estrade et qu'il s'en servit de maillet pour ouvrir la convention : "Camarades travailleurs. [...] Nous ouvrons le Congrès continental de la classe ouvrière. Nous sommes ici pour rassembler les travailleurs de ce pays au sein d'un mouvement dont l'objectif sera de libérer la classe ouvrière de l'esclavage capitaliste. [...] Le but et l'objet de cette organisation doit être de rendre à la classe ouvrière le contrôle du pouvoir économique, des moyens de son existence et de l'appareil de production et de redistribution sans se soucier des patrons capitalistes."

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L'IWW (dont les membres étaient appelés Wobblies, pour d'obscures raisons) souhaitait rassembler tous les travailleurs d'une même branche en "un seul grand syndicat", sans discrimination de sexe, de race ou de qualification. Les Wobblies fondaient leur rejet des accords passés avec les employeurs sur le fait qu'ils empêchaient trop souvent les ouvriers de faire la grève à titre personnel ou par solidarité avec d'autres grévistes, transformant ainsi les travailleurs syndiqués en briseurs de grève. L'IWW reprochait à la négociation d'accords par les responsables syndicaux de se substituer à la lutte permanente des travailleurs de la base.

Les Wobblies prônaient l'action directe : "C'est l'action menée directement sur le lieu de travail par et pour les travailleurs eux-mêmes, sans l'intermédiaire fallacieux des irresponsables syndicaux ou des politiciens intrigants. Une grève décidée, contrôlée et menée par les travailleurs directement concernés, c'est cela l'action directe. [...] L'action directe, c'est la démocratie ouvrière."

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Les adhérents de l'IWW étaient des militants courageux. Contrairement à l'image véhiculée par la presse, ils ne pronaient pas la violence mais l'autodéfense en cas d'agression. En 1909, à McKees Rocks (Pennsylvanie), ils prirent la tête de six mille ouvriers en grève contre une succursale de la US Steel Company et affrontèrent à cette occasion la police de l'Etat. Ils jurèrent d'abattre un policier pour tout ouvrier tué (lors d'une bataille rangée, quatre ouvriers et trois policiers trouvèrent la mort) et parvinrent à maintenir les piquets de grève jusqu'à ce que les grévistes l'emportent.

L'IWW ne se contentait pas des grèves : "les grèves sont de simples incidents dans la guerre de classe. Ce sont des démonstrations de force, des manoeuvres périodiques au cours desquelles les travailleurs s'entraînent pour une action concertée. Cet entraînement est absolument nécessaire pour préparer les masses à la "catastrophe" finale, la grève générale qui permettra l'expropriation définitive des employeurs."

[...]

C'était une idée extrêmement puissante. Au moment même où la croissance capitaliste devenait fantastique et les bénéfices énormes, et au cours des dix années captivantes qui suivirent sa création, l'IWW représenta une menace pour la classe capitaliste. Officiellement, l'IWW ne compta jamais plus de cinq ou dix mille membres en même temps. Les gens allaient et venaient, mais on peut néanmoins estimer à cent mille environ le nombre total des membres de l'IWW. Leur énergie, leur persévérance, leur force de conviction, leur capacité à mobiliser des milliers de personnes en un lieu et à un moment précis leur conféraient un poids dam le pays sans rapport avec leur effectif réel. Ils voyageaient partout et nombre d'entre eux étaient des travailleurs itinérants ou sans emploi. Ils militaient, écrivaient, discouraient, chantaient et pour finir propageaient leur idéal et leur message.

Ils furent la cible de toutes les armes dont le système pouvait disposer : la presse, les tribunaux, la police, l'armée, la violence de rue. Les autorités locales votèrent des lois pour les empêcher de s'exprimer mais les Wobblies défièrent ces lois. À Missoula (Montana), un pays de scieries et de mines, des centaines de membres de l'IWW arrivèrent dans des wagons de marchandises après que certains d'entre eux eurent été empêchés de s'exprimer. On les arrêta les uns après les autres, tant et si bien qu'ils finirent par encombrer cellules et tribunaux, contraignant la ville à abroger son arrêté interdisant la prise de parole en public.

[…]

La même année [1911], à Aberdeen (Washington), même scénario : décret contre la liberté d'expression, arrestations, prison et, contre toute attente, victoire. L'un des hommes arrêtés, " Stumpy " Payne (Payne le Courtaud), charpentier, ouvrier agricole et rédacteur en chef d'un journal de l'IWW, écrivit au sujet de ces événements : " Ils étaient là, dix-huit gars dans la force de l'âge, dont la plupart avaient parcouru aussi vite qu'ils l'avaient pu de longues distances sous la neige en traversant des villes hostiles, sans argent et affamés, pour rejoindre un endroit où l'emprisonnement était le plus doux traitement auquel ils pouvaient s'attendre. Un endroit où de nombreux autres avaient déjà été traînés dans la boue et quasiment battus à mort. […] Pourtant ils étaient là, riant comme des enfants devant ces évènements tragiques qu'ils considéraient comme de simples blagues. Qu'est-ce qui motivait ces hommes? [...] Pourquoi étaient-ils là ? Le besoin de fraternité chez l'être humain est-il plus fort que la peur ou l'inconfort, et ce malgré l'énergie dépensée depuis six mille ans par les maîtres du monde pour extirper cette soif de fraternité qui habite l'esprit humain? "

À San Diego, on demanda à Jack White - un Wobbly arrêté en 1912 au cours d'une rixe pour défendre la liberté d'expression et condamné à passer six mois dans la prison du comté au pain et à l'eau - s'il avait quelque chose à déclarer au tribunal. Un sténographe enregistra sa réponse : " Dans son réquisitoire adressé au jury, l'avocat général m'a accusé d'être monté à la tribune lors d'un rassemblement public pour y déclarer : "Au diable les tribunaux, nous savons bien ce que vaut la justice." En mentant, il a pourtant dit une grande vérité, car s'il avait cherché au plus profond de mon âme, il aurait découvert cette pensée, que je n'avais jamais exprimée jusqu'à maintenant, mais que j'exprime aujourd'hui : " Au diable les tribunaux, je sais bien ce que vaut la justice ", maintenant que, assis dans ce tribunal, j'ai pu voir jour après jour défiler mes camarades de classe devant cette soi-disant cour de justice. Je vous ai vu, juge Sloane, vous et d'autres de votre espèce, les envoyer en prison parce qu'ils osaient s'en prendre au sacro-saint principe de la propriété. Vous êtes devenus aveugles et sourds aux droits des hommes à la vie et à la recherche du bonheur et vous avez bafoué ces droits afin de préserver le sacro-saint principe de propriété. Après cela, vous me dites de respecter la loi. Pas question. En effet, j'ai violé la loi comme je continuerai à violer chacune de vos lois et à me présenter devant vous en déclarant "Au diable les tribunaux." […] "

Bien sûr, il y eut aussi des coups, des plumes et du goudron, des défaites. John Stone, un membre de l'IWW, se souvient que, après avoir été relâchés de la prison de San Diego, lui et un autre camarade furent contraints de monter dans une voiture : " On nous. a conduits en dehors de la ville et au bout de trente kilomètres la voiture s'est arrêtée. L'homme assis à l'arrière me donna des coups de matraque sur la tête et sur les épaules. I:autre m'envoya un coup de poing sur la figure. Après, l'homme de derrière s'est mis à me donner des coups de pied dans le ventre mais j'ai réussi à m'enfuir. J'ai entendu une balle siffler à mes oreilles. Je me suis arrêté. Au matin, en examinant le corps de Joe Marko, j'ai vu que son crâne était à moitié défoncé. "

En 1916, à Everett (Washington), deux cents volontaires armés réunis par le shérif tirèrent sur des Wobblies, faisant cinq morts et trente un blessés. Deux miliciens furent également tués et dix-neuf blessés. L'année suivante - alors que les Etats-Unis entraient dans la Première Guerre mondiale -, des volontaires du Montana capturèrent un des responsables de l'IWW, Franck Little, et le pendirent à un chevalet de chemin de fer après l'avoir torturé.

Joe Hill, un autre responsable de l'IWW, écrivit des douzaines de chansons - à la fois ironiques, drôles et inspirées - qui parurent dans les revues de l'IWW et dans son Little Red Song Book. II devint une véritable légende. […]

 

Joe Hill

En novembre 1915, à Salt Lake City (Utah), Joe Hill fut accusé d'avoir assassiné un épicier au cours d'un cambriolage. Aucune preuve évidente de sa culpabilité ne fut apportée au cours du procès, mais on présenta assez de pièces à conviction pour persuader un jury de le déclarer coupable. Le verdict fit le tour du monde et dix mille lettres de protestation furent adressées au gouverneur. Tandis que des mitrailleuses protégeaient l'entrée de la prison, Joe Hill passa finalement devant le peloton d'exécution. Juste avant de mourir, il avait écrit à Bill Haywood : " Ne perdez pas de temps à me pleurer. Continuez la lutte. "

En 1912, l'IWW s'impliqua dans une série d'événements spectaculaires à Lawrence (Massachusetts), où l'American Woolen Company possédait quatre usines. La main-d'oeuvre y était essentiellement composée d'immigrants - Portugais, Québécois, Anglais, Irlandais, Russes, Italiens, Syriens, Lituaniens, Allemands, Polonais et Belges - qui vivaient entassées dans des baraquements en bois à la merci des incendies. Le salaire moyen était de 8,76 dollars la semaine. Selon une doctoresse de Lawrence, Elizabeth Shapleigh, " un nombre considérable de garçons et de filles meurent dans les deux à trois ans qui suivent leur embauche. [...] 36 % des hommes et des femmes qui travaillent dans les usines n'atteignent pas l'âge de vingt-cinq ans".

Au mois de janvier, en plein hiver, les ouvrières d'une des usines - des Polonaises - constatèrent que leurs salaires, déjà insuffisants pour leur permettre de nourrir leur famille, avaient été réduits. Elles arrêtèrent les métiers à tisser et quittèrent l'usine. Le lendemain, dans une usine voisine, cinq mille autres travailleurs cessèrent également le travail, marchèrent sur une autre usine, en défoncèrent les portes, arrêtèrent les métiers à tisser et appelèrent tout le monde à quitter les postes de travail. Bientôt, dix mille travailleurs étaient en grève.

Un télégramme fut adressé à Joseph Ettor, Italien de vingt-six ans et membre de la direction de l'IWW de New York, pour lui demander de se rendre à Lawrence afin d'aider à y organiser la grève. C'est ce qu'il fit. Un comité de cinquante personnes représentant toutes les nationalités présentes fut mis sur pied pour prendre les principales décisions. Sur place, les Wobblies étaient moins d'un millier, mais les ouvriers non qualifiés négligés par l'AFL se tournèrent vers l'IWW.

L'IWW organisa des défilés et des rassemblements. Les grévistes devaient prodiguer de quoi manger et se chauffer à quelque cinquante mille personnes (la population globale de Lawrence était de quatre-vingt-trois mille habitants). On organisa des distributions de soupe. L'argent se mit à affluer de tous les coins du pays, envoyé par des syndicats, des sections locales de l'IWW, des groupes socialistes et même quelques particuliers.

Le maire fit appel à la milice locale et le gouverneur dépêcha la garde nationale. Un défilé de grévistes fut attaqué par la police quelques semaines après le début de la grève. Une émeute éclata qui dura toute la journée. Le soir, une gréviste nommée Anna Lo Pizzo fut tuée. Des témoins affirmaient que l'assassin était un policier mais les autorités décidèrent d'arrêter Joseph Ettor et un autre militant envoyé sur place par l'IWW, un poète nommé Arturo Giovanitti. Ni l'un ni l'autre n'étaient présents sur le lieu du drame ce soir-là mais l'acte d'accusation stipulait que " Joseph Ettor et Arturo Giovanitti [avaient] incité, armé et conseillé (ou ordonné) à ladite personne, dont le nom ne nous est pas connu, de commettre ledit crime ".

Quand Ettor, président du comité de grève, fut emprisonné, on fit appel à Big Bill Haywood pour le remplacer. D'autres personnalités de l'IWW, dont Elizabeth Gurley Flynn, se rendirent à Lawrence. Vingt-deux compagnies de la garde nationale et deux régiments de cavalerie étaient désormais cantonnés dans la ville. La loi martiale fut décrétée et on interdit aux citoyens de discuter sur la voie publique. Trente-six grévistes furent arrêtés et nombre d'entre eux condamnés à un an d'emprisonnement. Le mardi 3o janvier, John Ramy, un jeune gréviste d'origine syrienne, reçut un coup de baïonnette fatal. Pourtant, les grévistes refusaient: toujours de reprendre le travail et les usines étaient paralysées. Ettor déclara : " On ne fabrique pas des vêtements avec des baïonnettes. "

Au centre : Elizabeth Gurley Flynn. A droite : Big Bill Haywood

En février, les grévistes se mirent à organiser de gigantesques piquets de grève. Sept à dix mille individus faisaient la chaîne et défilaient devant les usines en portant des brassards où l'on pouvait lire: " Refusez d'être un briseur de grève. " Mais la nourriture se faisait de plus en plus rare et les enfants mourraient de faim. Le Call de New York (un journal socialiste) proposa, comme cela s'était déjà pratiqué en Europe mais jamais aux États-Unis, que les enfants des grévistes fussent envoyés dans d'autres villes chez des sympathisants qui veilleraient sur eux jusqu'à la fin de la grève. Trois jours après, le Call avait reçu quatre cents offres d'accueil. L'IWW et le parti socialiste organisèrent l'exode des enfants en recueillant les candidatures des familles d'accueil et en proposant un examen médical.

Le 10 février, plus d'une centaine d'enfants entre quatre et quatorze ans quittaient Lawrence pour New York, où ils furent accueillis à Grand Central Station par cinq mille socialistes italiens chantant La Marseillaise et L'Internationale. La semaine suivante, cent autres enfants rejoignaient New York et trente-cinq Barre (Vermont). Dans ces conditions, il devint vite évident que les grévistes pourraient tenir encore longtemps. C'est pourquoi les autorités de Lawrence, prenant prétexte d'une loi sur la maltraitance des enfants, décrétèrent que ces derniers ne seraient plus autorisés à quitter la ville.

En dépit de cette décision municipale, un groupe de quarante enfants se prépara à rejoindre Philadelphie le 24 février. La gare était bouclée par la police et la scène qui suivit fut racontée aux membres du Congrès par une déléguée du comité des femmes de Philadelphie : " A l'heure du départ, les enfants alignés deux par deux et accompagnés de leurs parents étaient prêts à se mettre en route quand la police se rua sur nous et nous matraqua. Les coups pleuvaient de partout, sans épargner les enfants, qui risquaient d'être piétinés vivants. Les mères et les enfants furent alors regroupés et hissés dans un camion de l'armée où, paralysés par la peur, ils furent à nouveau matraqués malgré leurs supplications. "

Une semaine plus tard, alors qu'elles revenaient d'une réunion, des femmes furent cernées et matraquées par la police. L'une d'elles, enceinte, dut être transportée à l'hôpital, où elle perdit son enfant.

Pourtant, les grévistes tinrent bon. " Ils continuent de défiler et de chanter, écrivait la journaliste Mary Heaton Vorse. La foule grise et fatiguée qui se déversait sans fin dans les usines s'est réveillée et se met à chanter. "

L'American Woolen Company finit par jeter l'éponge. Elle accorda de 5 à 11 % d'augmentation (les grévistes insistèrent pour que les plus fortes augmentations profitent aux salaires les plus bas), 25 cents pour les heures supplémentaires, et s'engagea à ne prendre aucune mesure de rétorsion contre les grévistes. Le 4 mars 1912, dix mille grévistes se réunirent sous la présidence de Bill Haywood et votèrent la fin de la grève.

Ettor et Giovanitti passèrent devant le tribunal. Une campagne de soutien fut organisée à travers tout le pays. On défila à New York et à Boston. Le 30 septembre, quinze mille ouvriers de Lawrence firent la grève pendant vingt-quatre heures en signe de soutien aux deux hommes. À cette occasion, deux mille grévistes parmi les plus militants furent licenciés puis réintégrés après que l'IWW eut menacé de déclencher une autre grève. Le jury innocenta Ettor et Giovanitti. Ce jour-là, dix mille personnes célébrèrent l'événement dans les rues de Lawrence.

[...]

Néanmoins, la guerre offrit au gouvernement l'occasion de se débarrasser de l'IWW. Au début du mois de septembre 1917, des agents du département à la Justice intervinrent dans quarante-huit réunions organisées par l'IWW, emportant la correspondance et les publications qui allaient servir, plus tard, de pièces à conviction lors des procès. Courant septembre, cent soixante-cinq responsables de I'IWW furent arrêtés pour conspiration visant à empêcher 1'incorporation, incitation à la désertion et pratiques d'intimidation dans les conflits sociaux. On jugea cent un membres de l'IWW en avril 1918. II s'agissait alors du plus long procès de toute l'histoire des États-Unis (cinq mois). John Reed, l'écrivain socialiste, qui revenait juste de son expédition en Russie pendant la Révolution bolchevique (Dix Jours qui ébranlèrent le monde), couvrit le procès pour le magazine The Masses et décrivit les accusés en ces termes : " Je doute qu'on ait jamais rien vu de tel dans toute l'histoire. La réunion de cent un bûcherons, ouvriers agricoles, mineurs, journalistes [...], qui pensent que les richesses de la terre appartiennent à celui qui les crée [...], autrement dit aux carriers, aux abatteurs d'arbres, aux dockers, à tous ces gars qui font le dur boulot. "

Les membres de I'IWW utilisèrent ce procès comme une tribune pour exposer leurs actions et leurs idées. Parmi les soixante et un Wobblies qui prirent la parole, on retrouvait Big Bill Haywood, qui témoigna durant trois jours. Un autre déclara à la cour: " Vous voulez savoir pourquoi l'IWW n'a pas de sentiments patriotiques vis-à-vis des Etats-Unis ? Quand vous êtes un clochard sans même une couverture ; quand vous avez dû quitter femme et enfants pour aller chercher du travail dans l'Ouest et que vous ne savez plus depuis où ils se trouvent ; quand vous n'avez jamais pu conserver un travail assez longtemps pour obtenir le droit de vote ; quand vous êtes obligé de dormir dans un dortoir crasseux et sombre et que vous devez vous satisfaire de la nourriture pourrie qu'on peut vous y donner ; quand les policiers trouent vos gamelles en tirant dessus et renversent votre brouet par terre ; quand votre salaire est amputé chaque fois que le patron estime qu'il doit le faire ; quand il y a une loi pour les riches et une autre pour les pauvres ; quand tous ceux qui représentent la loi, l'ordre et la nation vous oppriment en permanence et vous envoient en prison sous les applaudissements et les encouragements de tous les bons chrétiens; comment pouvez-vous espérer que l'on soit patriote ? Cette guerre est une affaire de gros sous et nous ne voyons pas pourquoi nous devrions y aller et nous faire tuer pour défendre la merveilleuse situation dont nous jouissons de nos jours. "

Ils furent tous déclarés coupables. Le juge condamna Haywood à quatorze ans de prison, d'autres à vingt ans. Trente-trois accusés en prirent pour dix ans et il y eut également quelques peines moins lourdes. Le total des amendes s'élevait à 2,5 millions de dollars. L'IWW fut anéantie. Haywood paya la caution et partit pour la Russle révolutionnaire où il mourut dix ans plus tard.