Mercredi 31 Mars 2004

 

Introduction

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Présentation faite par Franck Carrey de l'association MEDINA

 

A partir du 7 avril 1994, il y a juste dix ans, allait se commettre sous nos yeux, au Rwanda, un crime d'une violence, d'une cruauté et d'une ampleur inouïes, dirigé contre l'autre, le Tutsi, mais aussi contre l'homologue, le Hutu, lorsqu'il refusait de tuer ou que l'on tue en son nom . L'instrument, la machette, était des plus traditionnels, mais la conception, la planification du crime, et les méthodes qui allaient amener presque chaque Hutu, y compris femmes et enfants, à tuer, étaient redoutablement modernes.

Ce génocide n'était pas un fait ponctuel. Il avait certes un début et une fin chronologiques (d'avril à juin 1994), mais les premiers massacres ethniques remontent à 1959, peu avant l'indépendance du pays, et les violences se sont poursuivies après 1994, par exemple au Congo, au sein de la guerre qui déchire ce pays depuis sept ans.

Pour quiconque connaissant le pays et sa population, les évènements étaient donc prévisibles, et de nombreux observateurs ont lancé des signaux d'alarme dans les mois, voire les années précédant le génocide.

Or, malgré ces avertissements, certaines puissances occidentales ont apporté leur soutien aux forces hutu. Parmi celles-ci, la France, dont l'implication avant, pendant et après le génocide, est incommensurable (citons seulement ici la constitution du GIR , le gouvernement génocidaire, dans les locaux de l'ambassade de France à Kigali, les livraisons d'armes pendant le génocide, les pressions françaises pour obtenir la réduction des effectifs de l'ONU sur place, les fausses interventions humanitaires dont la dernière, Turquoise, visait à mettre à l'abri les membres du GIR et leurs proches et, si possible, créer un Hutuland).

On ne réparera pas l'irréparable. Mais nous pouvons, nous devons, mettre en évidence les responsabilités dans ce qui s'est produit, pour empêcher que cela puisse jamais se reproduire. La justice ne doit pas seulement s'appliquer envers les exécutants et les donneurs d'ordre, mais aussi envers les concepteurs du génocide, et envers leurs soutiens.

Pour cela, nous devons rechercher, exiger la vérité, y compris lorsqu'elle implique ceux qui, en France, ont été élus ou nommés à de très hauts postes ; et nous devons rejeter l'hypocrisie ambiante, car elle nous manipule, nous utilise en nous amenant malgré nous à cautionner l'intolérable.

Hypocrisie dont voici quelques exemples : Mitterrand et Balladur se rendant à Oradour sur Glane en juin 1994 pour que " plus jamais ça ", alors que " ça " avait lieu simultanément à la puissance dix ; une mission d'enquête parlementaire dont l'avant-propos était de démontrer que la France ne portait pas de responsabilités ; des media à la solde de l'ordre public qui ont certes montré les exactions, mais tout fait pour que nous les assimilions à des crimes tribaux contre lesquels on ne pouvait rien ; le blocage sémantique qui a exclu l'emploi du terme de génocide, car celui-ci aurait obligé les Nations unies à intervenir.